Un reportage de Renaud Bernard, grand reporter au service "Enquêtes et Reportages" de la rédaction de France 2.
Ce sujet a été diffusé le 13 mai 2009 dans le journal de 20H.
Jihad, en arabe, signifie l'effort. Pour les mystiques c’est celui que l'on fait sur soi-même pour être le meilleur musulman possible. Il peut aussi signifier l'effort pour propager l'islam. Gilles Kepel, spécialiste du monde musulman, fait une distinction entre le «jihad offensif», quand des musulmans attaquent un territoire non musulman et ce qu’il appelle le «jihad défensif», l’obligation de chacun quand « la communauté des croyants » est en danger.
L'attaque du World Trade Center est un «jihad offensif», l'idée étant de provoquer ensuite, avec les frappes américaines, un sentiment de solidarité qui débouche sur un «jihad défensif» où l'on peut mobiliser les masses musulmanes.
Depuis quelques années, le terme de "jihadisme" est utilisé pour désigner les courants les plus radicaux de l'islamisme.
Aux Etats-Unis, le réseau djihadiste démantelé fin 2001 en Virginie était pour partie d’essence pakistanaise. Sur dix personnes arrêtées ou recherchées, neuf étaient des citoyens américains le plus souvent d’origine pakistanaise ou pakistanais. Cette cellule avait pour fonction d’acheter et de convoyer des armes et ses membres s’étaient rendus à plusieurs reprises au Pakistan, où ils avaient suivi un entraînement.
Historiquement, la première vague djihadiste en France fut le fait des groupes islamiques armés algériens au milieu des années 1990, pour qui la France représentait à la fois une alliée des autorités d’Alger à combattre, un lieu de passage pour l’approvisionnement en armes et munitions des maquis salafistes et une base arrière sur laquelle différentes activités de logistique, mais aussi politiques ou prosélytes pouvaient être menées.
La guerre en ex-Yougoslavie fournit quelques contingents djihadistes à la
France : certains militants partirent en effet combattre dans l’armée bosniaque
au sein de corps des moudjahidines étrangers. Les filières tchétchènes ont fait l’objet, en France, à la fin de 2002, d’une ouverture d’enquête sur plusieurs islamistes ayant effectué en 2000 et 2001 des séjours dans le Caucase où ils ont rencontré des responsables d’Al Qaïda.
Quant à l’Iraq, ce pays est aujourd’hui une nouvelle terre de djihad défensif pour cette nébuleuse de militants à travers le monde.
Il n’y a pas un profil unique de djihadiste à travers le monde. La base sociologique de recrutement des djihadistes à travers le monde ne se résume en effet pas seulement aux classes moyennes d’Arabie Saoudite, d’Egypte ou du Yémen, comme pour les attentats du 11 septembre 2001. Le danger en France et aux Etats- Unis et plus largement en Europe et en Amérique du Nord,vient aussi d’individus dé-socialisés, des
« frustrés » sociaux de nos pays développés, qui ne sont pas les mêmes que ceux du monde arabo-musulman. La sur-représentation de personnes diplômées et bien intégrées socialement parmi les terroristes qui ont frappé le World Trade Center en est un indice.
La propagande par Internet représente un défi particulier. L'idéologie violente d'Al Qaïda et sa tentative de justification religieuse sont considérées comme l'un des quatre facteurs stratégiques à prendre en compte.