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Léopold Sedar Senghor et Pompidou
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Dans cet entretien Léopold Sédar Senghor nous explique comment Georges Pompidou a contribué avec le Général De Gaulle à l'indépendance des colonies françaises sur le continent africain.

Symbole de la coopération française en Afrique pour les uns ou du néo-colonialisme français pour les autres, Léopold Sédar Senghor a été le premier président du Sénégal (1960-1980). Il fut aussi le premier Africain à siéger à l'Académie française.

Il naît 9 octobre 1906 à Joal, petite ville côtière au sud de Dakar, d’une famille appartenant de la bourgeoisie sérère, une ethnie minoritaire au Sénégal.
Le prénom sérére Sedar signifie " qu’on ne peut humilier ". Senghor commença ses études au Sénégal, d'abord chez les Pères du Saint-Esprit, puis à Dakar au collège-séminaire. Il est déjà passionné de littérature française. Il obtint une bourse après son baccalauréat pour poursuivre ses études supérieures en France en 1928.

Il sera d'abord étudiant à la Sorbonne et poursuivra en khâgne à Louis-le-Grand où il prépare le concours d'entrée à l'École normale supérieure. Il y côtoie George Pompidou avec qui il se liera d'amitié et Aimé Césaire. Après un échec au concours d'entrée, il obtient l'agrégation de grammaire en 1935,
Il débute sa carrière d'enseignant au lycée Descartes à Tours.

En 1939, Senghor est enrôlé comme officier de l'armée française dans la 59e division d’infanterie coloniale. Il est arrêté et fait prisonnier par les Allemands à La Charité-sur-Loire et interné au Front Stalag 230 de Poitiers, un camp de prisonniers réservé aux troupes coloniales. En 1942, il est libéré, pour cause de maladie. Il reprend ses activités d'enseignant et participe à la résistance dans le cadre du Front national universitaire.

Il est élu député indépendant d'Outre-mer, il est secrétaire d'État à la présidence du Conseil d’Edgar Faure (mars 1955 à février 1956) puis ministre conseiller du gouvernement Michel Debré (juillet 1959 à mai 1961). Il fut aussi membre de la commission chargée d’élaborer la constitution de la Cinquième République.
Senghor est un fervent défenseur du fédéralisme pour les États africains nouvellement indépendant, une sorte de "Commonwealth à la française". Le fédéralisme n’obtiendra pas la faveur des pays africains.
Élu le 5 septembre 1960, Senghor préside la toute nouvelle République du Sénégal. Il est l'auteur de l'hymne national sénégalais, le Lion rouge.
Il démissionne de la présidence, avant le terme de son cinquième mandat, en décembre 1980. Sous sa présidence, le Sénégal a instauré le multipartisme, ainsi qu'un système éducatif performant. Senghor est souvent reconnu pour être un démocrate. Néanmoins, il réprima violemment plusieurs mouvements estudiantins. Il entra en conflit en 1962 avec son premier ministre Mamadou Dia qui sera arrêté et suspecté d'avoir tenté un coup d’État. Il restera douze ans en prison.
Il est élu à l'Académie française le 2 juin 1983.

Il a passé les dernières années de son existence en Normandie où il est décédé le 20 décembre 2001. Jacques Chirac et Lionel Jospin, respectivement président de la République française et Premier ministre de l'époque ne s'y sont pas rendus à ses obsèques. Ce manque de reconnaissance a suscité une vive polémique. Le parallèle a été fait avec les tirailleurs sénégalais qui, après avoir contribué à la libération, ont dû attendre plus de 40 ans pour avoir le droit de percevoir une pension équivalente à celle de leurs homologues français. Dans les milieux littéraires et poétiques, l'absence des deux premiers responsables politiques français à ces obsèques a été sévèrement jugée.
Sa poésie symboliste est construite sur l'espoir de créer une Civilisation de l'Universel, fédérant les traditions par delà leurs différences. Il fait paraître en 1964 le premier volume d'une série de cinq volumes intitulée Liberté.
Il créa en compagnie d’Aimé Césaire et du guyanais Léon Gontran Damas la revue contestataire L'Étudiant noir en 1934. Il y exprimera pour la première fois sa conception de la négritude : " la Négritude, c’est l’ensemble des valeurs culturelles du monde noir, telles qu’elles s’expriment dans la vie, les institutions et les œuvres des Noirs…"
Senghor était socialiste mais se tenait à l'écart des idéologies marxiste et anti-occidentale, populaires dans l'Afrique post-coloniale. Il favorise le maintien de liens étroits avec la France. Beaucoup y voient une contribution décisive dans la stabilité politique du Sénégal,  qui demeure une des rares nations africaines à n'avoir jamais eu de coup d'État et avoir eu des transferts toujours pacifiques du pouvoir.

Un entretien réalisé le 2 avril 1975 par Georges Bortoli.
 



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